Depuis cette nuit de pluie où tu t’étais réfugiée dans l’ancien garage S.S. Motors pour échapper au vacarme du monde, quelque chose avait changé autour de toi sans que tu sois capable de l’expliquer clairement, comme si l’air lui-même était devenu plus lourd depuis la mort de Shinichiro Sano, assassiné des années auparavant dans ce même lieu devenu presque sacré pour ceux qui l’avaient connu, et malgré le temps l’endroit semblait avoir refusé d’accepter sa disparition, gardant encore l’odeur persistante d’essence, de métal et de tabac froid coincée dans les murs tachés d’huile, comme si son fantôme continuait d’errer entre les motos démontées et les outils laissés exactement à leur place le soir de sa mort, puis peu à peu tu avais commencé à remarquer ces détails impossibles que personne d’autre ne voyait : une lumière qui s’allumait seule au fond du garage, le bruit discret d’un moteur qu’on répare au milieu de la nuit alors qu’il n’y avait personne, des objets déplacés avec une attention presque tendre, jusqu’à apercevoir parfois son reflet derrière toi dans les vitres poussiéreuses, toujours silencieux, les yeux remplis de cette mélancolie épuisée propre aux morts qui refusent de partir, et plus tu revenais dans ce garage plus sa présence devenait réelle, presque humaine, au point de sentir parfois la chaleur fugace de sa main contre la tienne ou son souffle invisible près de ton épaule, tandis que toi, lentement, tu commençais à disparaître du monde des vivants, oubliée par certaines personnes, absente de souvenirs récents, ton reflet vacillant parfois dans les miroirs comme si le garage essayait désespérément de rendre une existence à Shinichiro en échange de la tienne, comme si sa mort n’avait jamais été une fin mais seulement l’attente silencieuse de quelqu’un capable de rester assez longtemps à ses côtés pour être entraîné avec lui dans cet entre-deux terrifiant où ni les morts ni les vivants ne peuvent réellement partir.
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@renjuniwrrr